(Tribune) Soyons tenaces sur l’immigration, obstinés sur l’assimilation
(Tribune) Soyons tenaces sur l’immigration, obstinés sur l’assimilation

(Tribune) Soyons tenaces sur l’immigration, obstinés sur l’assimilation

Dorénavant, l’immigration occupe solidement l’espace politique. Des candidats au Congrès des Républicains – Michel Barnier, Éric Ciotti, Valérie Pécresse, Philippe Juvin, Xavier Bertrand et Denis Payre – à Éric Zemmour, elle constitue une – ou la – priorité programmatique. Les constats établis sont fermes et assurés ; les propositions mises sur la table sont consistantes et décidées. C’est d’ailleurs si vrai qu’en réponse électoraliste, le Gouvernement réduit de 50% les visas accordés à l’Algérie et au Maroc pour ne pas sombrer dans la permissivité. 

L’immigration devrait donc constituer le sujet majeur de la campagne présidentielle et ainsi susciter un clivage plus profond entre les partisans de l’immigration vue comme « l’espoir d’un monde plus ouvert » et ceux qui voient en celle-ci la mise en danger de l’intégrité des Français par le flux incontrôlé d’immigrés venant, voire la mise en péril de la civilisation européenne par les pratiques, traditions et mœurs arrivant. 

Concernant l’assimilation, le sujet devrait pourtant, en théorie, dépasser les clivages, car si elle est surtout défendue à droite aujourd’hui, elle fut longtemps aussi une revendication de la gauche historique, et surtout, constitue le don d’une incroyable chance républicaine en disant à chacun : quelle que soit votre origine, vous pouvez épouser la Nation qui vous tend les bras dans toutes ses composantes.

Aujourd’hui, notre politique migratoire (si tant est qu’il y en ait vraiment une) est, à ce titre et pas que, un échec considérable. D’une part, nous négligeons en effet l’assimilation ; d’autre part, nous favorisons une immigration massive qui, en conséquence du nombre, ne peut passer par cette primaire mission. Cette tradition séculaire n’est possible qu’à partir du moment où l’immigration massive est rendue impossible.

Surtout, cette immigration incontrôlée qui nous concerne a de quoi inquiéter par ses conséquences dramatiques : délinquance, criminalité, terrorisme islamiste (sans faire d’amalgame entre tous les immigrés, dois-je le préciser avant d’être moi-même amalgamé !), surcoûts pour le contribuable, trahison de la volonté générale, désunion nationale.

Par ailleurs, notons que l’intégrité des migrants eux-mêmes est menacée, par leur arrivée massive, la dangerosité du trajet qu’ils empruntent et la perfidie des passeurs (lesquels génèrent 3 à 5 milliards d’euros de bénéfice chaque année pour les migrations à direction du Vieux Continent) : leur vie est compromise.

L’immigration incontrôlée ou l’artisan de la fracture nationale

Le mouvement des Gilets jaunes a révélé le sentiment d’injustice d’une bonne partie des Français à l’égard d’une immigration onéreuse (8.5 milliards d’euros par an rien qu’au nom des aides sociales et de santé, selon l’économiste Jacques Bichot) pendant qu’une partie des Français peinait – et peine toujours – à boucler les fins des mois.

Pourtant, l’aide médicale d’État (AME) continue de prendre en charge les soins de nombreux étrangers en situation irrégulière sur le territoire, tout en n’exigeant aucune avance de frais, en donnant droit à la prise en charge à 100 % de soins médicaux et hospitaliers (dans la limite des tarifs de la sécurité sociale) et en permettant à des migrants arrivés avec un visa touristique de l’obtenir dès lors qu’ils attendent que leur durée de séjour autorisée expire pour être illégaux. « Les migrants font un peu de benchmarking pour regarder les législations à travers l’Europe qui sont (…) les plus fragiles » disait justement… Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur, le 30 mai 2018 au Sénat.

Réciproquement, nous sommes pris en tenaille par un supra-juridisme délirant : prenons l’exemple du pacte onusien de décembre 2018 « pour des migrations sûres, ordonnées et régulières », qui nous oblige à fournir aux migrants les mêmes droits à la « sécurité sociale et aux services sociaux » que les natifs du pays d’accueil (et à organiser le regroupement familial par ailleurs).

Or comment encourager l’assimilation – et donc une intégration réussie -, si l’on grave dans le marbre que, sitôt (ou presque) qu’ils mettent un pied en France, les accueillis disposeront des mêmes droits que les accueillants, voire même parfois que les premiers seront mieux considérés que les deuxièmes ?

Ces errements dans notre modèle de politique migratoire ont pour conséquence la fracturation du « corps politique » de Sieyès comme ensemble des citoyens outrepassant les clivages au profit de la Nation. Des chiffres de l’IFOP et datant de janvier 2020 (après un sondage commandé par Le Figaro), l’ont parfaitement démontré : seulement 37% français estiment que l’immigration est une chance pour la France ; 78% plébiscitent une immigration choisie (aujourd’hui, à peine 1/5 des flux sont ceux d’une immigration de travail) ; 64% considèrent qu’on en fait plus pour les immigrés que pour les Français ; et 55% sont favorables à la fin du regroupement familial. Plus récemment encore, un sondage réalisé par l’Institut CSA pour CNEWS (et dévoilé le 7 octobre dernier) démontre qu’un peu plus de 4 Français sur 10 seraient favorables à une immigration zéro ! Quand allons-nous donc respecter la volonté générale des Français ?

Renouer avec l’assimilation pour ranimer la communion nationale

Selon l’INSEE, les immigrés (sur deux générations) représentent 14 millions de personnes en 2018, soit 20.9% de la population. Sur lesdits 14 millions, 8.7 millions sont d’origine non-européenne ; une grande partie d’entre eux sont de confession musulmane. Or il nous importe de reconnaître que naguère, l’assimilation faisant suite aux anciennes vagues d’immigrés était facilitée par une source structurante commune : le catholicisme. De ce fait, il nous faut d’autant plus renouer avec l’assimilation qu’une grande partie de la population immigrée mariée avec une autre confession est nombreuse.

Mais pour défendre la tradition d’assimilation (et cela est possible, quelle que soit l’appartenance religieuse de l’intéressé), encore faut-il ne pas s’inspirer d’une nouvelle gauche (rétrograde cela dit) qui, ayant délaissé l’ouvrier au profit de l’immigré, réduit à sa communauté d’origine le deuxième en lui disant – à la différence du premier -, que parce qu’il est de telle provenance, il ne parviendra pas à faire sien le proverbe « à Rome, fais comme les Romains ».

De surcroît, la rupture avec l’assimilation est aussi le symptôme d’une défection manifeste à l’égard de la République. Car quid de la liberté si elle en vient à être subordonnée à la communauté (confessionnelle) ? quid de l’égalité si, par essence, on place les personnes sur une échelle différente en fonction de leur origine (l’œuvre des wokistes aujourd’hui) ? et enfin, quid de la fraternité si l’on vous dit, une fois arrivé en terre de France, que vous ne devez pas vous assimiler à la culture commune car ce pays est « raciste » (ce qui revient, en outre, à banaliser un mot qui est significatif d’évènements particulièrement épouvantables et donc à trahir l’hommage à l’égard de celles et ceux qui en ont véritablement souffert) ?

Par ailleurs, les activistes du multiculturalisme – pour une grande partie d’entre eux – négligent qu’en militant sans ambages en faveur de l’accueil des migrants au nom de la sacrosainte « richesse culturelle », renient en même temps leur propre culture – soit celle de leur pays – en la diabolisant et en interdisant de s’y assimiler ! Soit dit en passant, ce multiculturalisme présent outre-Atlantique traduit en réalité un mythe, en tant qu’il détourne le regard sur le fait que la culture des Indiens – ou des populations d’origine – a été aplatie par les vagues d’immigrés diverses et variées venues peupler ledit territoire de l’Oncle Sam au fil des décennies.

Dès lors, la diversité culturelle est donc garantie dès lors que chaque pays conserve un substrat culturel singulier. A défaut, ce relativisme quasi-nihiliste nouvellement prôné mène à l’effacement des repères stables d’enracinement, lequel est propice à une réception plus agile et béate des thèses du terrorisme islamiste. 

Pour assimiler, cessons l’immigration massive

Pour le devenir de notre Nation, pour respecter les exigences des Français et même pour une parfaite affiliation des immigrés qui, justement, leur évite toute forme de séparation du reste de la Cité, rétablissons la promotion de l’identification à notre culture, à notre récit national. En somme, respectons et redonnons force à la loi : « Nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l’histoire, de la culture et de la société françaises (…) » dispose le Code civil ! A défaut, comment désirer s’investir pour le pays qui nous reçoit si on ne considère pas y appartenir ni faire corps avec son peuple ?

Toutefois, à cette fin il est essentiel de mettre un coup d’arrêt aux flux incontrôlés de réfugiés, sans quoi il est impossible de (re)mettre en pratique notre modèle assimilationniste. Au demeurant, là serait justement l’occasion de clarifier notre position sur ce terme de « réfugié », amplement galvaudé. Effectivement, les immigrés accueillis – pour une large part d’entre eux – ne correspondent pas au statut de réfugié fuyant la guerre et la misère. Le droit d’asile est donc dévoyé, l’héritage civilisationnel lié aux lois attiques qui précisaient « les suppliants sont sacrés » est détourné. 

En plus de corrompre le terme de « réfugié », il est à noter que l’on déshonore également nos lois et jugements en ne parvenant plus à expulser du territoire les immigrés délinquants, radicalisés et/ou condamnés, alors même qu’ils ont rompu le pacte social et ont désavoué la société. La faute notamment à des dispositions conventionnelles délirantes comme celles de l’article 4 du protocole 4 additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme qui pose des conditions tellement strictes pour procéder à une expulsion – ou à une extradition – que l’on peut expulser les individus concernés dans seulement quatre des cinquante-quatre pays africains (selon Paul Collier dans Exodus) ! Libérons-en nous !

En définitive, pour le bien de chacun, il nous incombe d’adopter une posture déterminée sur ce sujet, et de faire en sorte que cette dernière – dès lors qu’elle sera contrôlée par les dispositions nécessaires – puisse épouser l’assimilation : c’est ce que les Français souhaitent dans leur majorité.

Romain Lemoigne

20 ans

  • Collaborateur parlementaire stagiaire
  • Membre des Jeunes Républicains
  • Étudiant à Sciences Po Rennes